vendredi 17 août 2018

Pourquoi l'art plutôt que rien ?

Cette question  n’est autre qu'une variation de la question  de Leibniz « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? »  fait cohabiter  une existence (quelque chose) et une non-existence (rien).
En effet  nous aurions pu ne pas naître, la terre aurait pu ne pas exister, ou rester astre mort criblé de sombres cratères, océan de lave, mer d’acide et autre joyeuseté étrange,  ou bien encore continuer à abriter uniquement une vie d’êtres unicellulaires, d’animaux divers comme reptiles, dinosaures et autres créations plus ou moins harmonieux de la nature, il se trouve qu’il ait apparu dans cette chaîne du vivant l’homme et comme il y a eu cet homme, des myriades de questions sont apparues très vite à l’esprit de cet être qui découvrait,  regardait le monde, l’affrontait et tentait essentiellement de survivre au milieu de tous ses dangers.

Donc il y a cette question qui nous agace il faut bien le dire et qui dans le même temps curieusement nous interpelle, en effet qu’est qui pourrait nous laisser penser que l’art (et par extension toutes les formes d’art) existerait parce que tout simplement l’humain portait en lui cette possibilité ?  cet  humanoïde  aurait pu se contenter de chasser, de pêcher de dormir, de se reproduire  … alors pourquoi l’art ?   Pourquoi chercher à représenter des créatures, des scènes de vie  sur des parois ? Pourquoi laisser des empreintes dans l ‘argile, pourquoi sculpter dans le bois, dans la pierre  une figurine de femme /mère,  tout ce que nous nommons aujourd'hui "art" avec toutes les valeurs, les jugements esthétiques et autres dont nous avons nourri ce terme.

Revenons à cet être  aux prises avec ce monde sauvage si déroutant, si instable , cet être qui pour vivre devait s’interroger sur ce monde, faire face à toutes les manifestations , phénomènes, catastrophes et autres périls frappant et  transformant son existence, le terrorisant parfois, l’inquiétant souvent : pourquoi suis-je ici ? quel est cet autre qui me ressemble ? qui ne me ressemble pas du tout, qui me montre des signes d’attachement , des signes de rejet , d’agression violente, qui veut me dépecer, me dévorer bref .. Pourquoi  la vie est-elle aussi féroce ? Qu’advient-il des disparus ? pourquoi ce corps devient d'un coup rigide, se décompose ?   quelles sont ces forces naturelles qui sont sources de vie et dans le même temps menacent toute vie, comment puis-je m’en protéger ? Que signifient-elles ces clartés dans un ciel immense qui recouvre comme une forêt le monde ? Où commence où finit ce monde ?  Qu’y a-t-il sous la terre ? Comment moi vivant et apeuré,  si fragile d’apparence puis-je survivre ici ?  qu’est qui me différencie de cet animal, de cet arbre, de cette plante,  voilà les incessantes avalanches de ces « pourquoi » qui ont sans nul doute assaillies l’humain en ses nombreux premiers pas, cet humain  qui observait et vivait dans un milieu si hostile où la rapidité de réaction, l’agilité, la force, la mémoire, devaient être les qualités essentielles  à sa survie et à celle des ses semblables, et comme cet être était aussi doué d’une conscience et  d’une capacité réelle à analyser, à vouloir comprendre le monde il a utilisé toutes les ressources de son intelligence pour interagir avec ce monde qui lui résistait tant  au point de vue physique que spirituel.

Dans cette lutte pour la survie il y avait également  cette fabrication nécessaire d’outils,  d’armes, autant d’objets qu’il a ensuite ouvragé pour les rendre non plus seulement utiles mais agréables au maniement, au regard, le désir d’art est peut-être né que de cela :  de cette recherche d’un plaisir, d’une simple jouissance de l’œil,  de l’oreille pour les premières expérimentations sonores( imitations du chant des oiseaux, des cris des bêtes sauvages ) jouissance du corps  en mouvement par la danse, la musique, jouissance de la parure afin d'embellir ce corps porteur de tant d'énigmes.
Quant au  dessin : peut-être né également de la recherche d'un vif désir d’apprivoiser des formes, des présences dans le cercle rassurant des mains,  d’inventer des dialogues entre ce qui est visible et ce qui ne l’est pas, entre le dedans  et le dehors, entre l'obscur et la lumière, premiers tâtonnements  vers ce qui construira plus tard sciences et religions.

Pour en revenir à la question : "pourquoi l’art plutôt que rien" je tenterai de répondre au plus simple  l’humain ayant survécu, traversé, inventé sa propre histoire ne pouvait peut-être pas faire autre chose que d’inventer l’art et les arts en général car vivant il était dans l’obligation de se coltiner au monde, à ses violences, à ses mystères et par là d'en tenter de traduire les mystères , de lui donner du sens.

Il découvrit très vite et perfectionna les relations qu’il pouvait tisser  avec son entourage proche et lointain, de la même manière qu’il avait exploré d’autres territoires  et les abîmes de  sa propre conscience, le pouvoir et les limites de son intelligence il a expérimenté ses qualités de faiseur,
d’intervenant sur la matière de ce monde qui était à sa portée,  ce boulimique , cet éternel assoiffé, cet être si incomplet mais à la curiosité sans failles; ne pouvait échapper à l’appel de l’art, de créer a son tour dans un univers foisonnant de créations. 

RD






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Pourquoi l'art plutôt que rien ?

Cette question  n’est autre qu'une variation de la question  de Leibniz « pourquoi quelque chose plutôt que rien ? »  fait cohabiter  ...